Des Bigourdans en Australie, pays d'émigration


Chronique de Jean-Paul Abadie à l'issue de son voyage en Australie


L’Australie.... Ah oui, c’est aussi un pays d’émigration !

Outre quelques connaissances partielles et notre savoir basique sur l’émigration australienne, il ne nous était jamais apparu nécessaire d’aller plus avant. D’autant que les recherches ne font pas défaut du côté de l’émigration américaine qui nous concerne et plus particulièrement sud américaine. L’opportunité du voyage aux antipodes, la réalité du parcours réalisé sur place et les circonstances de l’appartenance à l’Association Bigorre Argentine Uruguay, ABAU, nous ont fait soudain réaliser que ces simples notions étaient vraiment trop sommaires.

La chance a voulu, que sur place tout là-bas dans ces terres australes, on se préoccupe également de cette quête des racines et de ces recherches sur l’émigration. Evidemment ces préoccupations ne sont pas le souci majeur des australiens ou des immigrants  temporaires rencontrés dans la rue, mais au niveau culturel, ces sujets sont bien présents dans la société.

Nous n’en voulons pour preuve que les différents grands Musées très actifs et interactifs, rencontrés dans chaque grande ville de notre séjour australien : Melbourne, Adélaïde, Sydney et, il y en a d’autres un peu partout.

Ne pouvant les visiter tous, nous avons privilégié l’ Immigration Museum  de Melbourne, celle-ci étant l’un des principaux ports d’entrée des émigrants venus d’Europe, ainsi qu’une ville à forte activité culturelle.

 Il faut reconnaître que cette journée pluvieuse du 22 février passée à Melbourne nous a permis de bien nous concentrer sur le sujet. Sur place, le contact était très agréable, les interlocuteurs patients... avec notre anglais. Mais la documentation est tellement vaste que plusieurs fois par la suite, à notre retour, nous sommes de nouveau entrés en relation avec eux et chaque fois avec beaucoup d’attention de leur part.

L’émigration australienne des débuts : un peu d’histoire malgré tout !

Ce serait donc un britannique, James Cook qui "découvrit" la côte est du continent australien en ancrant son ‘’Endeavour’’ (Tentative) le 29 avril 1770 à Botany Bay.  Puis filant quelques jours plus tard vers le nord, il mouille dans la baie qu’il nomme  Port Jackson,  sans pénétrer plus loin dans ce qui sera plus tard la baie de Sydney.

Dès cette date la Grande-Bretagne revendique officiellement la moitié orientale de l’île, sinon les trois quarts, son ’’découvreur’’ ayant déclaré à la Couronne britannique, qu’elle était vide d’habitants !!!

Mais l’histoire ne retient que ce qui est écrit et la longue conquête des mers des nations européennes faisait rage depuis plusieurs siècles auparavant. Il existe des récits de voyages antérieurs, de navigateurs espagnols et portugais, notamment Lope de Vega qui en 1595 sur la route du Pérou aurait fait rel'che dans la Baie de Sydney. Egalement en 1605 un hollandais, Willem Janzoon  mouille lui aussi dans le golfe de Carpentarie (Côte nord-est de l’Australie).

C’est le 26 janvier 1788  (de nos jours fête nationale australienne) que sera fondée la colonie pénitentiaire britannique de Nouvelle  Galle du Sud comprenant 1500 hommes dont 800 forçats, principalement des repris de justice et des opposants politiques irlandais ; cette colonie pénitentiaire se développera jusqu’en 1840. 

L’émigration démarre fort, mais si la probité n’est peut être pas la qualité primordiale requise pour les candidats….

Précédés de peu par la première flotte britannique sur le rivage du nouveau continent, les colons français arrivent et s’installent. On compte parmi eux des officiels, des bagnards, des réfugiés et, dans les décennies qui suivent, plusieurs d’entre eux deviennent commerçants,  propriétaires terriens, et viticulteurs.
A la mi 19ème siècle la ruée vers l’or attire un grand nombre de Français dans l’Etat du Victoria où ils sont déjà 1.000 à être recensés en 1857.
Malgré la grande dépression des années 90 qui marque un déclin de la population française immigrante, la première Alliance Française, dont le but est de promouvoir la langue et la culture françaises voit le jour en 1890,  le premier journal en français “Le Courrier Australien” fait son apparition en 1892.  Les émigrants durant cette période-là, on le sait, ont pris en grand nombre, la route des Amériques qui est moins longue que celle de l’Australie.

Raccourci migratoire pour éviter l’ennui et l’ignorance: la destruction du paradis.

Venus des îles d’Indonésie il y a 30.000 à 50.000 ans à bord d’embarcations,  400 000, voire près d’un million d’individus selon les estimations, disséminés en 500 tribus aborigènes et parlant autant de langues et de dialectes, vivaient sur le continent australien. L’irruption des Européens à la fin du 18ème siècle sonna le glas des premiers habitants du pays tout d’abord et du continent tout entier ensuite. Une véritable catastrophe humaine et écologique était en marche. La perte du paradis était engagée.
Comment en est-on arrivé à dépeupler et repeupler ce continent ?

Les vases communicants entre Amérique du nord et Australie ; sans état d’'me.

Mémorable pour nous qui touchons le sol de l’Australie et pour l’Histoire, nous arrivons juste ce 13 février 2008 à Sydney alors que le premier ministre, Kevin RUDD, s'exprime devant le Parlement et présente officiellement les excuses de l'Australie aux Aborigènes et, en particulier, à la "génération volée’’, ces enfants arrachés à leurs parents et confiés à des institutions ou des familles blanches.
Il aura  fallu attendre le 21ème siècle et 238 années !!!!!

Mais pour comprendre, un petit retour en arrière s’impose. 

Vers 1760, les treize colonies d'Amérique du Nord établies dans l'est du territoire enduraient l’implacable tutelle britannique. Les colons ne pouvaient plus supporter la pression fiscale imposée par le Parlement de Londres où ils n'avaient aucun représentant.

Nombre d’entre eux, les Insurgents, sur la base de l’axiome ‘’pas d'impôts sans représentation’’  entrèrent en rébellion dès le début des années 1770, contre les lourdes taxes qui frappaient les importations. Ce fut le point de départ de la guerre d'Indépendance, qui prit fin le 3 septembre 1783 par la signature du traité de Versailles.

Les britanniques ayant perdu leurs colonies d’Amérique, se trouvèrent devant la nécessité de chercher un nouveau territoire pénitentiaire, ce qui les incita dès 1788 à choisir Botany Bay comme première colonie de relégation.
Au mépris de tous les droits fondamentaux, ils spolièrent les véritables propriétaires de leurs terres et refoulèrent ce qui restait d’ aborigènes vers l'intérieur du continent.
A la suite des premiers contacts, comme toujours,  beaucoup d'indigènes succombèrent à des maladies importées par les européens. Et, comme il n’était sans doute pas suffisant de les maltraiter, selon un schéma déjà expérimenté aux Amériques, les aborigènes furent ensuite parqués dans des "réserves" et privés du droit de vivre sur leurs territoires ancestraux.
On estime que seulement 60 000 aborigènes étaient présents en Australie en 1920, ce qui équivaut à une baisse de 96 % de la population d'origine !!!

Un peu à l’image de ce qui se passait en Amérique du Sud avec les Espagnols jusqu'au 18ème siècle, l'immigration en Australie jusqu’à la première guerre mondiale reste en majorité britannique. De 1901 à 1960, la politique d'immigration de la jeune fédération australienne sera en effet de promouvoir une ‘’ Australie blanche’’, tout en limitant le plus possible l'immigration asiatique. Par contre les aborigènes ne disposeront du statut de citoyen australien et n'obtiendront le droit de vote qu'en 1967 !...

L'opinion publique australienne depuis cette époque, avait subi un revirement en faveur d'une reconnaissance croissante de la culture et des langues aborigènes. L'ex-premier ministre John Howard en mai 1997,  rejetait les conclusions du rapport gouvernemental, et malgré les regrets exprimés, il mettait un point d'honneur à ne formuler aucune excuse officielle. Il fallut attendre ce 13 février 2008 (et...notre arrivée !  mais nous n’y sommes pour rien...). 


Texte de Jean-Paul Abadie

Illustrations : JP Abadie, France 5, Wikipédia.