Des Bigourdans en Australie : réflexions d'après voyage

 

En raccourci : L’Australie c’est aux antipodes :

Sydney, Adélaïde, Melbourne, Canberra, Perth, Brisbane, les Aborigènes, les kangourous, les koalas, les émeus, les déserts et leurs pierres rouges, le surf, les boomerangs, les plages, les  vagues…

Vingt et un millions d’habitants dans un territoire quatorze fois grand comme la France, mais finalement une population localisée le long des côtes et un grand vide au milieu.

Du dépaysement ? oui et non. En fait lorsque l’on a un peu voyagé autour de la planète, comme l’ont fait tous nos émigrants des Pyrénées du XIXème siècle, mais aussi quelques voyageurs insatiables de notre époque, on se rend compte qu’il n’y a pas tellement de surprises côté aménagement humain de l’espace ;

par contre en ce qui concerne la nature, là c’est le grand choc !

Les agglomérations sont incontournables

Une fois exclues leurs particularités (opéra de Sydney par exemple), les villes sont du ‘’déjà vu ailleurs’’, avec un assortiment de constructions coloniales européennes des deux derniers siècles et une greffe nord américaine de tours de verre, d’acier et autres défis architecturaux ‘’modernes ‘’, ….pour l’instant. En fait peu de tours à Sydney, Melbourne, Adélaïde, mais un centre actif de négoces et bureaux dans ces édifices verticaux au milieu desquels on a ménagé, ou réaménagé parfois, les belles constructions religieuses, administratives et portuaires anciennes avec une grande quantité de parcs, jardins et autres espaces verts. L’architecture ancienne est résolument anglo-saxonne, victorienne surtout. Le XXème siècle a délibérément  voulu imposer sa griffe pour  de jaloux motifs d’identité ou de singularisme, afin sans doute de ne pas rester à la traîne de l’urbanisme européen, japonais, ou américain, pour ne point demeurer le dernier bastion contre le modernisme de ces coûteuses architectures verticales énergivores.

Canberra, la capitale, est totalement différente du fait de sa création ‘’artificielle’’ au milieu des terres dans les prés à kangourous d’abord, à moutons ensuite, au centre de gravité entre Sydney, Melbourne et Adélaïde. De nombreux b'timents ‘’modernes ‘’ noyés dans la luxuriance de la végétation et, si l’on se place dans une optique architecturale, qui commencent à faire vieillots et esthétiquement dépassés. Le modernisme ici comme ailleurs n’a qu’un temps.

Partout, autour des habitats et quartiers anciens, à la périphérie s’étalent les quartiers résidentiels actuels qui présentent une explosion de styles hétéroclites de maisons pratiques, avec piscine obligatoire s’entend, sur le modèle et à l’image de l’implantation américaine au milieu de la végétation et de la verdure. Des quartiers toutefois identiques et impersonnels, qui ne distinguent pas plus les grandes villes que celles de moyenne importance. A cet endroit au moins règne une égalité et un conformisme mondial.  La place ne faisant pas ici défaut, on s’étale à l’horizontale, mais on pourrait aussi bien être à Denver, Memphis,  Cannes, Nice ou Los Angeles.

Ce qui frappe de prime abord dans toutes les villes australiennes, c’est la circulation modérée, le calme des habitants, le niveau de bruit très supportable, la pollution presque imperceptible et l’absence quasi-totale de tags, avec encore cette priorité donnée aux transports en commun.

Le paysage urbain et l’impression visuelle générale s’en trouvent grandement valorisés.

Les hommes étaient là depuis si longtemps...

Quant à la nature et aux grands espaces australiens, c’est réellement une autre histoire, une toute autre dimension. Et, pour ce qui est des premiers habitants de ce fabuleux continent, les Aborigènes, le bilan des deux cents dernières années est tout simplement catastrophique.

Ils étaient là depuis 40 000 ans ou plus, évoluant harmonieusement avec la nature, dans un ‘’recoin du monde’’, oubliés de tous, peu nombreux, 300 000 à 500 000, (peut être 1 000 000 ?),  répartis entre environ 500 tribus et parlant sans doute 300 langues différentes. Diversité et richesse culturelle.

Comme les autochtones d’autres contrées ou d’autres continents, ils ont subi l’immigration des peuples blancs, souffert à n’en point finir d’être pourchassés, abattus et terrassés, jusque par les maladies, dépossédés de leurs territoires ancestraux et lieux de croyances, sans compter les chocs culturels et le décalage de civilisation. Passés à moins de 70 000 dans les années mi neuf cent trente, ils sont actuellement environ 500 000 à se réclamer de ce lignage, ne représentant que 2% de la population, mais n’ont acquis la nationalité australienne qu’en 1967 !!!   Qui le croirait ?

Vivant sur le plus ancien continent du monde, qui n’a jamais subi de cataclysme naturel (pas d’érection de chaîne montagneuse, pas de glaciation, pas d’éruption volcanique,…) c’est là la  plus ancienne civilisation de la planète qui n’avait eu  aucun contact connu et suivi avec les autres terriens jusque voici à peine 220 ans et n’avait donc subi aucune influence culturelle.

Sans doute avaient-ils eux aussi des choses à nous apprendre ? Ne serait-ce que sur la philosophie de la vie et de la mort, ou de tant d’autres sujets qui préoccupent l’homme moderne, comme toutes les générations qui l’ont précédé.

Avec retard et compassion officielle, les immigrants tentaient en février 2008, un mea-culpa,  dont on ne sait s’il est destiné à se donner bonne conscience ou simplement à lustrer leur image internationale environnementale et sociale. 

Il n’en reste pas moins que le paradis est définitivement perdu....

L’espace était naturel

 La nature est d’abord et partout.

Cinquante millions d’années que le continent s’est détaché de l’Antarctique et de l’Asie et a continué seul son évolution faunistique et floristique.

Ce n’est pas un lieu commun mais une réalité, qui nous engloutit, comme en nul autre endroit de la planète semble-t-il. On perçoit encore actuellement que l’européen est arrivé dans un paradis naturel, il n’y a pas si longtemps que cela  et que, peu à peu, il s’est évertué à transformer l’ordonnancement originel en un modèle hélas identique à ce que nous connaissons tous ailleurs, à son gré, dans l’insouciance, pour le profit immédiat, sans trop se questionner sur la portée de ses actes et l’irréversibilité des dégradations commises.  Même s’il est moins prégnant que chez nous en Europe ou sur le continent nord-américain, cet état d’esprit perdure et parfois reprend vigueur, pour de louables  raisons  économiques (l’exploitation aurifère actuelle en est un exemple récent)

Une flore étonnante

A pénétrer dans la végétation, on voit immédiatement la différence avec notre nature timide. L’eucalyptus est roi avec ses cinq cent cinquante variétés, les fougères, les bougainvilliers et autres plantes chétives ou souffreteuses chez nous en France se développent dans un  rapport de proportionnalité identique à celui existant entre la surface de l’hexagone et celle de l’île continent. Immédiatement cela surprend et rend plus humble.

La faune telle qu’on la rêve… ou presque

Quant à la faune, le plus spectaculaire est sans doute la profusion et la variété d’espèces d’oiseaux, le long des côtes  et dans ces territoires végétalisés et malgré tout encore faiblement peuplés par l’homme. Perroquets, perruches, cacatoès, émeus, choucalcyon  (martin-pêcheur) l’un des oiseaux les plus connus d’Australie et tant d’autres, dont certains introduits par les colonisateurs (moineaux, merles, pigeons, pinsons,…), le rossignol est cependant absent. Il y a semble-t-il plus de 660 espèces présentes, dont beaucoup très colorées, un régal ornithologique et musical au lever du jour...

Puis, bien sûr on ne peut éviter les emblématiques kangourous, walibis et wonbats communs(Phascolomydes),  partout signalés le long des voies de circulation, mais pas aussi faciles à voir qu’on pourrait le penser. On en aperçoit peu, mis à part au matin, ceux qui ont été écrasés sur les routes durant la nuit ;  il faut réellement se rendre vers les zones de protection pour les observer tranquillement. Encore plus difficile pour les koalas (peu actifs mais adorables) pour lesquels il est nécessaire, de se déplacer parfois sur quelques îles, où ils bénéficient de la protection et de la tolérance de tous.

Il existe une faune tout aussi peu visible mais bien réelle et moins agréable de réputation : reptiles, insectes et araignées en tous genres, surdimensionnés par rapport aux nôtres et qui n’hésitent pas pour leur défense, à donner de l’aiguillon du rostre ou de la dent ; nous ne les avons pas recherchés inutilement….

L’environnement…aïe, aie, aie…

La campagne. Pour ce qui est des zones agricoles plates ou peu vallonnées mises en exploitation, elles ressemblent à s’y méprendre en bien des aspects à la pampa argentine. De grands parcs à bovins ou à moutons à perte de vue, bordés de clôtures de fils de fer, de grandes haies arbustives d’eucalyptus en lignes, de loin en loin un bouquet d’arbres où se niche l’habitation, type ‘’hacienda ‘’. Des éoliennes, moulins à eau, en zone plate et aussi beaucoup de petits bassins collinaires barrant quelque petit ruisseau, dans les terrains un peu plus vallonnés, des billabongs.

Elevage extensif, peu de cultures rencontrées, hormis les immenses plaines céréalières, seuls quelques maïs irrigués par pivot d’arrosage et fonctionnant uniquement la nuit. L’ensilage en vert et le stockage du foin en balles rondes se pratiquent aussi assez intensément. Mais à notre grande surprise les engins agricoles, tracteurs et matériels de fenaison ou de culture sont de dimensions modestes. Rien à voir avec nos fermes pyrénéennes suréquipées d’engins surdimensionnés. Il ne semble pas y avoir ici la même fierté à posséder ou exhiber un matériel agricole dernier cri et sous employé. Nous avons rencontré quelques vieux tracteurs équipés de tarières, implantant des piquets pour les clôtures de parcs à bestiaux, chez nous ils seraient abandonnés sous les ronces ou remisés au musée. Même les b'timents d’élevage ou de stockage de récoltes n’ont pas l’ampleur des nôtres.

L’agriculteur australien semble conserver le bons sens des réalités terriennes. D’autant plus que depuis trois ou quatre ans la sècheresse sévit sur l’Australie, la désertification guette, les tornades se multiplient et nombre d’exploitants sont contraints  à l’abandon de leurs domaines. Il n’est pas rare de voir affiché sur les clôtures des exploitations agricoles le panneau ’’For Sale’’ !!!   C’est qu’ici comme ailleurs et même plus qu’ailleurs, le réchauffement planétaire se fait durement sentir. Cela ressemble à une sorte d’alerte rouge pour toutes les populations du monde ; saura-t-on l’entendre ?

D’autres régions, comme chez nous sont plutôt consacrées à l’arboriculture, la production légumière, la vigne; d’ailleurs la main d’œuvre jeune, itinérante ou étudiante d’appoint, est privilégiée  pour le picking’’, au lieu de  la mécanisation à outrance. Chacun y trouve son compte semble-t-il. Nous rencontrons tous les jours nombre de jeunes et moins jeunes, étudiants ou momentanément exilés de France et d’ailleurs pour plusieurs mois,  voire quelques années, vivant de ces multiples opportunités de travaux agricoles et autres.

L’Australie, ses héritages indélébiles et ses ambitions d’émancipation.

L’immigration  a été  et est le fondement même de cette ‘’nouvelle civilisation’’ australienne à peine vieille de quelques 220 ans. D’abord pionnière et colonisatrice, de son passé victorien  il lui reste cet esprit austère de discipline, d’uniformisation, de faste ou du moins de goût pour un certain ‘’décorum’’,  mais aussi de reproduction nostalgique de ces paysages de la natale Albion, en chaque ‘’endroit gagné’’ sur la nature. 

Viande, blé, laine, coton, fer et acier, produits chimiques, automobiles, charbon, plomb, nickel, or, uranium et autres minerais premiers, vêtements de sport, sportifs en tous genres y compris des rugbymen et des cyclistes sur le Tour de France, l’Australie exporte. 

Issue de cette longue tradition  anglaise,  l’Australie, a gardé un savoir faire d’exportation et de négoce. Toujours appelée officiellement  Commonwealth of Australia , elle se compose de six États autonomes et de deux territoires fédéraux et, aussi incroyable que cela paraisse, en 2008 elle reste toujours une monarchie constitutionnelle dont Elizabeth II est encore et toujours la reine !!!

D’où d’ailleurs la participation des jeunes australiens à tous les conflits militaires dans lesquels s’est engagée la Grande Bretagne et parfois récemment encore, le lourd tribut qui en résulte. Nous avons vu les monuments aux morts dans différentes agglomérations d’Australie et les inscriptions récemment gravées de patronymes sous les rubriques toutes fraîches Afghanistan, Irak.

Timidement en 1999, un référendum sur la modification de la constitution,  visant la souveraineté, l’indépendance et l’établissement d’une république n’a reçu que 45% d’avis favorables. L’australien n’est pas forcément porté sur le jeu électoral tel que nous le connaissons en Europe, ses soucis immédiats sont ailleurs. Il profite de la vie, de l’environnement, du travail et des revenus qu’il génère ; un certain hédonisme qui lui a bien réussi jusqu’ici.

Mais comme le climat, en ce XXIème siècle, ici aussi tout change. L’immigration multiethnique de plus en plus pressante, l’éveil de nouvelles consciences, explique pourquoi l’Australie est à nouveau tentée de se transformer en république, 10% seulement  de la population était fermement monarchiste en 99 ; qu’en est-il aujourd’hui ?

Le schéma nord américain la tente à moitié et notamment cette vénération pour le travail et pour la réussite matérielle qui semblent quelque peu s’effriter. Elle paraît vouloir trouver une troisième voie émancipatrice sur un schéma de société ‘’idéale’’ moins attachée à l’argent  et moins obsédée par la réussite.

Comme les émigrants du XIXème siècle, compter d’abord sur soi.

L’Australie se dévoile comme un pays jeune, très accueillant pour les arrivants, bien plus facile à vivre pour eux que notre vieille Europe, mais qui malgré tout, ne fait pas de cadeau. On a ce que l’on mérite et on mérite ce que  l’on a....

En ce qui  concerne l’immigration de nos pyrénéens, il est bien difficile de la chiffrer. Il faut pour l’instant se contenter des statistiques globales qui déterminent tout de même la provenance anglaise, européenne et des autres parties de la planète. Les courants migratoires, en particulier depuis la France, ayant varié selon les conjonctures, les évènements militaires, les conflits et les dictatures. Ce n’est réellement qu’à partir de 1830 que débute l’émigration vers l’Australie. Nous savons par ailleurs que l’éloignement et la ‘’concurrence’’ des autres destinations (Algérie, Amériques) n’ont pas favorisé un grand flot européen, mis à part celui des britanniques.

L’Australie restera un pays à 98% anglais jusqu’en 1947. Il en découle cette forte empreinte  culturelle, architecturale, portuaire, paysagère parfois.

L’immigration de race blanche étant par la suite fortement privilégiée, il existe encore peu de métissages.

Malgré toutes les réticences que l’on pourrait ressentir ici comme en de nombreux autres endroits de notre monde ‘‘ évolué ’’, il est indéniable qu’une fois le verrou de la langue débloqué, tout bien pesé, ce pays provoque une forte attirance. Même si l’on n’y retrouve pas encore partout les fortes attaches ou la convivialité méditerranéenne par exemple, on sent imperceptiblement que le climat social est en grand changement. Déjà culinairement l’Australie se distingue fort de la tradition britannique ; tout est mangeable !!!!..... Selon de récentes données, 2,5 % des Australiens nés à l'étranger sont issus de Grande-Bretagne et d’ Irlande, 30 % viennent d'autres pays européens et 21 % proviennent d’Asie et du Proche-Orient.

C’est un renouvellement de jeunes générations venues de toute la planète, un bouillonnement culturel, un carrefour de traditions, un apprentissage de tolérance peut être et l’on côtoie ici facilement toutes les nationalités de l’hémisphère nord,  en plus de l’ouverture récente des frontières aux populations asiatiques et orientales.

Si l’on est dans le premier quart de sa vie, toutes études terminées, sans avenir bien défini, sans carrière déjà tracée, sans capitaux propres à faire fructifier, il ne fait aucun doute que l’Australie plus qu’aucune autre destination peut encore de nos jours être la terre d’accueil à laquelle il n’est pas exclu de penser, parmi toutes les "terres promises" de la planète.

Quelques pensées

Voila qu’ici s’achève ce Carnet de Voyage des Bigourdans en Australie qui, au-delà du voyage lui-même nous aura permis un retour sur nous même et nous a même poussés à mieux analyser, à l’échelle de nos découvertes et de nos connaissance, cette  île continent et son contenu. Rien d’exclusif ni de présomptueux, mais des idées sur l’Australie d’aujourd’hui telle que nous l’avons, territorialement au moins, partiellement, sans doute,  découverte en ce début d’année 2008.

Nous tenons à remercier Jean LASSALLE et Jacques PÉDEHONTAA, ainsi que le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques pour avoir invité l’Association Bigorre Argentine Uruguay ABAU, à participer à cette aventure du XXIème siècle de la Diaspora des Pyrénéens dans le Monde..

L’embarquement sur le bateau de la diaspora en vaut la peine, dommage pour ceux restés délibérément à quai.

Nous tenons à remercier également l’équipe de la Diaspora des Basques, Béarnais et Pyrénéens dans le Monde au Comité Départemental du Tourisme Béarn Pays basque et très spécialement Claudine SIBERS et Gérard CAZALIS, qui nous ont ouvert les colonnes du site Internet et offert la possibilité de rendre compte de ces rencontres de nos émigrés des Pyrénées en Australie, pour le plaisir du plus grand nombre, nous l’espérons.

Nous ne pensions pas aller aussi loin dans le récit et dans l’analyse. Nous sommes même les premiers surpris de l’effet provoqué par notre engagement, qui nous a stimulés sur le terrain, pour mieux observer et sans doute noter plus profondément toute ces impressions dans nos mémoires.
Merci à eux pour cet effet inattendu.

Adishatz a touts.

                                     
                                                                                                                  
                                
Marie-Christine et Jean-Paul ABADIE

                                 A Campistrous   Pyrénées   Juillet 2008