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La famille Bide


Je m’appelle Mirta Bide, j’ai 50 ans, j’habite Olavarria (province de Buenos-Aires) en Argentine et je suis l’arrière-petite-fille de l’émigrant Jean Bide.

Tout ce que je raconte dans ce texte est le fruit de différentes recherches et de ce que j’ai retenu de mon histoire familiale
Mon intérêt pour la recherche de mes racines m’a été transmis par mon père qui entretint une relation étroite avec son grand-père Jean Bide.



Jean Bide, fils de Martin Bide ébéniste charpentier et de Marie Iribarne est né en 1855 au village des Aldudes, dans la vallée de Baïgorry, département des Basses Pyrénées, actuelles Pyrénées-Atlantiques.

En 1874, Jean Bide a 19ans.
Pour ne pas faire son service militaire, qui à cette époque durait plusieurs années, il part vers l’Amérique du Sud. C’est du moins le motif invoqué dans la famille mais est-ce la véritable raison ? Il y avait aussi le manque de terres, la pauvreté ….
Son frère aîné, Jean Baptiste, seul héritier selon le droit d’aînesse en vigueur à cette époque, restera, lui, en France avec ses parents.

Jean et ses jeunes frères, sa sœur Jeanne et son fils de 9 ans, partent donc par le port de Bordeaux, avec un billet de transport pour une seule personne !... selon ce que racontait mon père... Il embarqua et cacha le reste de sa famille à bord,... et pendant toute la traversée il travailla pour subvenir à leurs besoins...

Deux cousins vinrent aussi qui, eux, restèrent à Montevideo. Tous ces jeunes gens étaient laitiers et savaient s’occuper des brebis.
Les Bide arrivés en Argentine pauvres et illettrés, quittèrent vite Buenos-Aires, les uns s’installèrent à Cañuelas dans une laiterie et Jean et Pierre à Azul.
La ville de Azul avait déjà une population stable et organisée ; les Français y trouvaient rapidement du travail car ils avaient plus de facilité que les autres émigrants pour apprendre la langue. 

Jean travailla quatre ans devant un four à briques puis quatre autres années comme charretier. Dans les auberges - relais il rencontrait d’autres Basques et un « moniteur » leur apprenait à écrire et à tenir des comptes.
Il fut aussi l’assistant d’un juge de paix à une époque où il y avait de nombreux problèmes avec les Indiens Catriel installés dans la région d’Azul. Ces Indiens faisaient partie de la tribu de Calfulcurà.
Après la bataille de San Carlos de Bolivar commença une guerre fratricide entre deux chefs indiens car l’un deux, Cipriano, s’était vendu aux troupes « mitristas »* au point de s’habiller comme eux.

Sur ordre du juge de paix Jean Bide fut envoyé, depuis Azul jusqu’à l’actuelle localité de Olavarria pour suspendre la sentence de condamnation à mort de Cipriano, alors aux mains de son frère Juan Jose.
En traversant la Sierra Chica, il fut pris par les Indiens car son cheval était épuisé. Cette nuit-là, il dormit sous une tente sans savoir quel serait son sort, le lendemain on lui donna de la viande séchée et un nouveau cheval pour qu’il poursuive sa route.
Quand il arriva à Olavarria, la tête de l’indien pendait au bout d’une pique !

A la gare d’Azul, les deux frères Bide, Jean et Pierre rencontrèrent deux jumelles, les sœurs Alfaro qu’ils épousèrent.
Les deux couples s’installèrent à Bahia Blanca, les hommes s’occupant des troupeaux de brebis et les femmes travaillant dans un hôtel.
Lorsque Jean posséda une petite bergerie, il commença à louer des terres dans la région d’Olavarria puis en 1907, il acheta 675 hectares à Partido de Laprida**.
La propriété s’appelait « El Bombero » c’était le nom que l’on donnait aux espions indiens. Aussitôt il construisit un four à briques où travaillaient des criollos *** et des Indiens avec leurs femmes, puis il édifia un grand hangar avec un escalier et un étage en bois où il installa sa famille en attendant la construction de sa maison.

A Olavarria, c’est son ami le notaire Rendon qui dessina sa demeure. Il la fit construire en respectant scrupuleusement les plans... Il y avait même une cave pour la conservation des fromages et de la charcuterie.
D’un côté se trouvait le jardin d’agrément, de l’autre le potager et un grand bassin pour faire tremper les toisons de laine des moutons.

Il éleva ses 8 enfants dans un certain bien-être ainsi que son neveu Jean-Baptiste fils de sa sœur célibataire ; il aida aussi beaucoup des parents pauvres et malades à Olavarria.
Avec des amis basques, il revint une fois dans son village natal.
Jean vécut jusqu’à 98 ans, cultivant son jardin jusqu’à ses derniers jours.

Je suis la petite fille de son fils Angel dont mon père est l’unique fils...

Dans la famille nous avons perpétué la tradition, nous sommes tous encore, agriculteurs et éleveurs.



*partisans du général Bartolomé Mitre qui deviendra président de la république de 1862 à 1868

**Laprida est située à 486 km de la ville de Buenos Aires au centre sud-ouest de la province du même nom.

*** Les Criollos sont les descendants directs des chevaux espagnols importés par les colons lors de la conquête du Nouveau Monde et qui se sont échappés pour retourner à l'état sauvage dans la pampa. Durant quatre siècles, le Criollo s'est adapté aux plaines argentines et les gaúchos l'ont adopté comme cheval de chasse et de travail. Ils sont devenus les compagnons indispensables pour le travail du bétail dans les haciendas.