« Pendant mon adolescence je rêvais de devenir architecte et d'étudier la décoration d'intérieur.
Il m'arrivait de transformer la maison paternelle, les objets et les meubles changeaient de place...
A l'heure du thé je décorais les tables ... et quand ma mère découvrait les fleurs du jardin dans des vases sur la table ou dans nos chambres, cela me valait quelques disputes !
Le week-end en famille, nous visitions les musées et les cimetières de Montevideo... J'y ai découvert des merveilles et j'ai éprouvé une grande admiration pour les artistes et leurs capacités de création.
Le détail d'une bague en or sur la main d'une jeune femme, la chaînette d'un bracelet, le papier peint sur un mur, le visage livide d'un jeune soldat blessé, l'expression de solitude d'une femme dans un champ de bataille, les couleurs de l'aube ou de la tombée du jour, tout cela étaient merveilleux....Quant aux sculptures des tombeaux!... la force et la faiblesse d'un corps en marbre, la paix et la douleur!
Mon père est mort très jeune, après deux ans de maladie... J'ai oublié les études dont je rêvais...Il me fallait travailler pour aider ma famille : mon grand-père, ma mère et mon petit frère...
Après des années d'efforts, à l'âge de 27 ans, je suis devenue secrétaire d'un lycée
privé.
C'est là que la bonne fortune m'attendait : au coin d'une rue de la Vieille Ville de Montevideo ; mes rêves d'art allaient devenir réalité !
En 1980, le propriétaire d'une petite galerie d'art, Galería Bruzzone, me proposa de travailler avec lui ! J'y allais assez souvent avec une amie, épouse d'un peintre uruguayen très renommé, maintenant décédé.
Les employés de la boutique étaient deux hommes qui ne parlaient qu'espagnol. Or ils recevaient des clients, parfois des touristes, américains et européens, des hommes et des femmes qui s'intéressaient à la peinture uruguayenne. Il fallait une femme dans la boutique ...
Ainsi, pendant trois ans, j'ai travaillé pour la première galerie d'art contemporain de Montevideo...
La peinture de nos artistes a suscité un très grand intérêt ! Le succès des élèves de l'atelier de Joaquín Torres Garcíaa a été total. L’art abstrait aussi bien que figuratif des artistes uruguayens triomphait et moi, je participais de ce moment tellement important...
En 1982, après la dévaluation de notre monnaie, le propriétaire de la galerie a eu un grave problème économique...
Pour ce qui me concerne, c’est en tant que marchand d'art que j'ai rejoint une nouvelle galerie ! Pendant les 25 ans qui ont suivi, j'ai travaillé à la Galería Latina avec les artistes uruguayens les plus en vue...mais en 2002, la crise économique en Uruguay a bouleversé le marché d'art local et en 2007 la galerie a fermé.
Cette année-là, alors que je me trouvais sans travail, j'ai eu la douleur de perdre ma mère... mais une nouvelle fois la bonne étoile du milieu artistique est venue à mon secours ....
Une entreprise d'engrais uruguayenne, ISUSA, qui avait l'habitude d'acheter des tableaux comme cadeaux de fin de l'année, me proposa de préparer un projet culturel pour son 60ème anniversaire.
Je leur ai proposé un Concours de Peinture pour les jeunes artistes de tout le pays. Ma devise était: "De même que l'engrais enrichit la terre de notre pays, de même récoltons les talents des jeunes artistes", et le projet fut accepté!
568 artistes se sont présentés au Concours 2007 et 469 à celui de 2009.... Le Concours est une biennale et les lauréats de 2007 et de 2009 figurent sur le calendrier des années 2008 et 2010 de l'entreprise!
Un bel hommage aux artistes.
Après le succès obtenu par les jeunes artistes de l'intérieur du pays, un grand nombre de Mairies nous ont invités à organiser des expositions de leurs œuvres ; c'est ainsi que j'ai parcouru les capitales de 15 départements de l'Uruguay pendant l'année 2008.
L'Uruguay est un pays très riche du point de vue culturel, la variété des sujets et des techniques de nos artistes est l'héritage de l'art figuratif de Juan Manuel Blanes, le peintre de la Patrie, du "Constructivisme" de Joaquin Torres García, du "Planisme" de Rafael Barradas, de l'abstraction du jeune Carlos Federico Saez et de Pedro Figari.
Les créations de nos peintres ont provoqué l'admiration des marchands d'art de l'étranger; ainsi les artistes uruguayens participant aux Biennales de Venise et São Paulo ont été couronnés de succès et ont obtenu des prix internationaux.
Ignacio Iturria, un artiste reconnu en Europe et aux Etats Unis, depuis ses 30 ans, est un exemple du travail bien fait, mais bien d’autres méritent d'avoir leur chance sur les marchés de l'art à l'étranger.
A la mort de mon père, j'ai été élevée par ma mère et par mon grand-père qui a émigré du Sud-ouest alors qu'il était très jeune. Ma grand-mère elle aussi émigrante, est décédée alors que j'avais 4 ans. Tous deux étaient des français courageux et intelligents...
Ils m’ont transmis leurs souvenirs d'enfance et d'adolescence,
leur langue, leurs chansons pour les petits,
l'amour de leur famille et de leur "pays"
et surtout...
le respect de la culture française.
C'est à la mémoire de :
Grégoire Jean Managau Lhez, mon grand-père,
Marie-Jeanne Sarthe Lalanne, ma grand-mère,
et Robert Jean Managau Sarthe, mon père,
que j'écris ces lignes.
Myriam Managau Alvez
Montevideo-Uruguay Février 2010
Texte transmis par Anna Lalanne