Choeur des Pyrénées 1

De la Plata à Neuquen

Samedi 15 mai 2010 : La Plata

Tôt le matin, les 25 choristes et 5 accompagnateurs atterrissent à Ezeiza Pistarini.
Une fois passées les formalités, nos guides argentins, Julio, Roberto et Myriam, nous accueillent avec effusion et, nous partons en 'colectivo' (notre bus) direction La Plata.
C'’est la fin de l’automne dans l’hémisphère austral et le ciel est couvert. Sur les 80 kms qui nous rapprochent de La Plata se trouve Buenos Aires, que nous traversons d’ouest à sud-est. Après les quartiers ouest aux résidences parfois coquettes, l’habitat devient plus populaire en se rapprochant du centre. Nous passons dans la cité ancienne assez mal entretenue, apercevons les très récents immeubles flambant neuf de la zone Puerto Madero, puis ‘’la Bombonera’’ (le stade de football de Boca Junior) en bleu et jaune, les transbordeurs et grues du port de la Boca et… les cabanes de la "villa miseria’’ l'immense bidonville qui s’étire sur des kilomètres en direction du sud-est. La majorité des choristes vient en Argentine pour la première fois et dans le colectivo qui nous transporte, c'est l’étonnement et même le choc...

A La Plata nous attend el Maestro Alberto CARPIO, sa Chorale Médanos y Luna de
Santa Rosa et le Coro del Club Universitario de La Plata. Grandes effusions car nous
retrouvons tous les choristes que nous connaissons de longue date, car la plupart
sont venus aux Pyrénées.
Notre premier concert a lieu ce soir même à 20h au Salon Dorado de la Municipalité de La Plata, face à la magnifique cathédrale en compagnie de ces deux choeurs.
Virginia nous fait découvrir la ville à pied...
Le Salon Dorado, nous y voilà... Nos tee-shirts blancs déparent autant avec les ors et le décor du lieu, qu’avec les tenues tirées à quatre épingles des autres chorales... Ah l’élégance française!!!….
Pour nous c'est l'épreuve du feu car Le Choeur des Pyrénées dans sa configuration actuelle n'a jamais chanté en public.
Pour moi, c’est d’autant plus stressant que plus d’une dizaine de mes cousins argentins ont fait le déplacement, de La Plata, de Buenos Aires, ou encore d' Entre Rìos à 400 km !...
Le Salon Dorado est "relleno" comme on dit ici, c'est à dire archi-plein et les chœurs
qui nous précèdent sur scène ne nous laissent pas le choix : il nous faut être "bons". En tant que invités d'honneur nous passons en dernier et même si la prestation n'est pas parfaite, nous nous en sortons plutôt bien....
L'après concert est intense. Nous mourons de fatigue mais participons de bonne grâce au "tournoi chansons et jeux" destiné à mieux faire connaissance avec l'ensemble des choristes des autre chœurs.
Et c'est tard dans la nuit que nous regagnons nos pénates à l'Hôtel del Rey. Harassés...

Dimanche 16 mai 2010 : La Plata -Pigüé

Nous embarquons très tôt dans le "colectivo ", ce bus de l’entreprise Còrdoba, qui va nous conduire de ville en ville durant toute la tournée et nous laisser autant de souvenirs que de tours de roue.
L'ambiance est calme car le décalage horaire, le vol de nuit, la répétition, le concert, l'après concert et une nuit fort courte, ont laissé des traces.
La pampa défile ...paysage uniforme et invariable. Il fait un temps d'automne plutôt agréable, avec une température de 10 à 15 degrés et un ciel d'un bleu intense.
Une journée de rêve commence et bien que nous soyons destinés à la passer dans le colectivo, le trajet s'annonce plus agréable que sous la pluie battante.
Ici pourtant, on souhaiterait que la pluie tombe, car depuis février il n'est pas tombé une seule goutte d'eau. L'herbe est sèche, les cultures ont mûri précocement; maïs et autres sojas transgéniques sont déjà récoltés. Ici aussi la culture céréalière remplace progressivement l'élevage; certains disent "exterminent l'élevage"...
Les kilomètres et les heures défilent, ponctuées de quelques arrêts carburant et pique-nique, déjà l'après-midi est bien avancé.
De ma place à l'arrière du colectivo il me semble voir passer comme des petites particules de poussière venant de l'arrière du bus, certaines se collant sur les vitres
laissent un trace irisée ...Bizarre...
Encore quelques kilomètres monotones, un embouteillage aux alentours de
l'agglomération de Lobos, une foire agricole avec des centaines de pickups, bétaillères et autres limousines. Ils sont tous là les habitants de la pampa !
De tout notre parcours, nous n’avons pas croisé le tiers des véhicules agglomérés ici.
Quelques kilomètres de plus et notre bus se range inopinément sur la banquette, dans un pré à droite de la route !!!
Les portes s'ouvrent. Arrêt "2 fois 3,14 " ?? Mais non, c’est autre chose….
Les deux chauffeurs sont déjà le nez dans le moteur, à l'arrière... bizarre !
- Que pasa ?
- Algo roto, una canilla o un durit ?
- No, no es posible?
Et pourtant si ...l'arrière du bus est flambant neuf, "repeint" à l'huile de vidange, de haut en bas !....
L'un des chauffeurs en bleu de travail s'est déjà glissé sous le moteur tandis que le second, Robertito, dirige prudemment les opérations.
Effectivement c'est la bonne panne. Démontage de la pièce métallique percée, séchage, petite casserole pour ‘’faire chauffer la colle’’, colmatage système D avec une collerette de résine, séchage, remontage, amorçage des circuits. ‘’Ça tourne, mais ça pisse !! ‘’ comme disent les chauffeurs.
Les quarts d'heure tournent aussi. Les choristes se sont égayés dans l'herbe de la pampa, mais l'heure de la répétition est déjà dépassée et depuis une demi-heure nous devrions être dans la salle de concert à Pigüé. Le soleil baisse sur l'horizon...
Que fait on?.
Conciliabule..
" Prenez les partitions,"annonce Mirtha ALCARAZ DAHHANI notre Chef de choeur. Nous allons nous mettre en formation dans la prairie tout près du bus et commencer la répétition; ce sera au moins cela de fait. Échauffements de voix entrecoupées des bruits de moteur des bolides qui déboulent sur la route toute proche.
Toujours la réparation en cours... et, la montre qui tourne, tourne...
Je préviens Miguel MARCENAC, Président de la Sociedad Francesa à Pigüé,
- " Petit problème technique, nous sommes immobilisés dans la pampa à quelques 80 km de Pigüé et nous allons avoir du retard."
-" Bon bon, ici c'est salle comble et on vous attend. Pas de problème pour nous, le public va attendre car il tient tellement à vous écouter. On vous envoie un bus !!"
Le soleil baisse, baisse toujours.
Décision : il faut changer de vêtements et déjà revêtir la tenue de concert.
Des soutes du bus, on extrait les valises et chacun dans l'herbe pampéenne, en plein air, procède au déshabillage et rhabillage. Sopranos et altos préférant l’intimité du colectivo tout de même.... Spectacle peu courant dans la pampa, semble-t-il, car nous provoquons coups de klaxons et signes divers de surprise. Valises ouvertes et vêtements épars, nous devons en effet ressembler à des naufragés en perdition.
L'un des chauffeurs est parti avec la pièce défectueuse jusqu'à un lointain garage en faisant stopper un gros camion citerne. Le temps passe, la nuit fraîche est là, le bus de rechange toujours pas ...
Tard, très tard... des phares dans la nuit, au loin, puis des appels de phares!
La réparation est presque terminée, car entre temps, le chauffeur est revenu avec sa pièce et procède au remplacement.
Que faire? Attend-t-on la fin de la réparation, transbordons nous tout le matériel dans l'autre bus ?
Nous finissons par changer de bus et en route vers Pigüé. "Seulement" deux heures de retard lorsque nous nous garons devant la salle de concert de la Sociedad Francesa... Le public stoïque est dans la salle et nous attend.

Sans autre préambule Miguel MARCENAC, Président de la Sociedad Francesa, me propulse sur la scène pour expliquer notre venue, la prestation de la Chorale des
Pyrénées, l'Association Bigorre Argentine Uruguay, ses buts, ses actions, etc. Puis le concert démarre avec le choeur ‘’Artimusa’’ qui laisse bien vite place au Choeur des Pyrénées et, le public conquis participe, soutient, explose...
Belle soirée, que nous terminons à la demande des Pigüéens, pour le dernier rappel, par la Marseillaise.
Puis ce sont les échanges de cadeaux, bérets, livres et autres médailles, suivis d'un copieux asado à l’aéroclub. Et toujours des chansons...

Lundi 17 Mai 2010 : Pigüé - Neuquén

Avant de quitter Pigüé, la famille DUCOS, émigrée au 19ème siècle de Bagnères de
Bigorre, tient absolument à nous inviter à visiter son estancia ; moment d'émotion
lorsque dans la luxueuse salle de séjour nous entonnons "Aqueros Mountagnos". Le temps est au beau fixe mais il fait quand même moins 2 degrés. Déjà nous filons vers NEUQUÉN ... des kilomètres et des kilomètres de pampa...
Puis soudain nous franchissons le Rio Negro et tout change. A l'interminable décor désolé de la plate pampa succèdent des plantations de vergers, d'arbres fruitiers. Des kilomètres de vergers bordent non seulement la route mais s'enfoncent dans les terres vers l'intérieur. Toute l'activité économique tourne autour de la production fruitière : machines de traitement et de récolte, hangars de stockage, palettes, transports routiers, emballages, en témoignent...
A notre arrivée à Neuquén répétitions et découverte de la ville sont au programme. La soirée nous conduit rapidement dans les bras de Morphée, malgré les "essais au sol des nouveaux réacteurs d’aérospatiale" (!)

à suivre...

Illustrations : JP Abadie, geo.fr.