De Neuquén à Buenos-Aires
Mardi 18 Mai 2010 : Neuquén province de Patagonie
A quelques 50 kilomètres de l’agglomération de Neuquén, nous visitons la cave de la Familia Schroeder à San Patricio del Chañar. L’entreprise est nouvellement et « artificiellement » implantée depuis octobre 2002, sur 120 hectares sur une colline en devers recelant des gisements de dinosaures !!! Outre les habituels blancs Chardonnay et Sauvignon blanc, les rouges Malbec, Pinot Noir, Merlot, Cabernet, Sauvignon, le produit phare est l’appellation Saurus, que l’on retrouve dans nombre de bons restaurants et boutiques de luxe...
Ici on produit aussi des ‘’vins pétillants’’ : Deseados (Torrontès), Saurus Extra brut (Chardonnay et Pinot Noir), Rosa de los vientos (Pinot Noir) méthode Charmat (avec agitateur et ajout artificiel de dioxyde de carbone : méthode utilisée pour fabriquer les ‘’Sekt’’ allemands, les vins sardes et les cidres, plus rapide que les méthodes champenoise ou gaillacoise traditionnelles, plus lentes et coûteuses en manipulations ...). Nous nous interrogeons : comment peut-on, en 8 ans à peine, en partant de zéro, atteindre les sommets de la production, de la qualité et de la distinction ?
Nos talentueux vignerons de Gaillac, Madiran, Jurançon, etc. eux qui besognent depuis des dizaines d’années ont du souci à se faire !!!
L’ après midi : répétition et en soirée, concert au Museo Nacional de Bellas Artes MNBA dans une très belle salle ...
El Coral Neuquén sous la direction de Naldo Labrin nous précède fort agréablement...
Pour ce qui nous concerne, l'accueil du public n'est pas à la hauteur de nos espérances ! Jusqu’aux autorités locales qui ont boudé le concert...
La "onda" n'est pas passée...dommage !
Mais, la troisième mi-temps fut très chaleureuse ! Sauvés...
Mercredi 19 Mai 2010 : Neuquén - General Roca
Adieu Neuquén et ses vergers, bonjour General Roca et la Province de Rìo Negro, toujours dans la zone fruitière. Au cours de la matinée nous découvrons la ville et la salle de concert, le début d'après midi est consacré à la visite d'une zone naturelle, "la Barda" où se trouvent notamment de nombreux sites de dinosaures fossiles.
Retour a Roca et accueil dans des familles de choristes qui participeront au concert de ce soir.
Soirée concert dans une grande salle municipale avec el Coro Municipal de Càmara (de General Roca) sous la direction de Laura Romero. L'accueil est chaleureux, les liens tissés avant concert avec la plupart des choristes contribuent à la réussite de la soirée.
Dans la froidure d'une nuit étoilée sur la pampa, nous tentons de gagner Santa Rosa de la Pampa. Le déplacement en colectivo prendra toute la nuit.
Et quelle nuit…
Bis repetita !!! C'est à nouveau le coup de la panne...
Nous n'avons ni lumière, ni chauffage, ni informations sur l'origine de l'arrêt. Chacun essaye incommodément de poursuivre sa nuit, plié en quatre sur son fauteuil ou roulé en boule contre les dossiers. Il fait un froid «tremendo » dans ce bus de l'infortune.
Selon la rumeur qui circule de siège en siège, ce serait une question d'alternateur ...
Les heures passent ... On entend des bruits de clefs, de marteau, des frottements, des grincements, de grands coups sur les tôles des soutes du bus. De temps en temps comme un gargarisme de moteur tout aussi enroué que les choristes. Rien à faire, nous sommes toujours plantés au milieu de nulle part.
Cette fois notre sort n'intéresse personne car, nous ne sommes attendus demain matin qu’en milieu de matinée pour quelques "oficioladas" avec l'intendente, le chargé de culture, la délégation chilienne et tutti quanti,...
Les chauffeurs passent et repassent le long du bus, nous les entendons maugréer dans la nuit froide et étoilée, mais l'heure n'est ni à la poésie ni à la contemplation... Des anges passent...les ailes tachées de cambouis... dans le colectivo personnes ne moufte. Après de multiples essais et on ne sait par quel tour de passe passe, le moteur timidement se met à grelotter, puis s'auto-encourageant il émet quelques "potpot, potpot, pot" et ‘’repot, pot , pot’’….puis plus rien. Re-bruits de clés et autres outils. Le moteur finit par se décourager... la résistance passive a ses limites ! Il se met à crachoter, puis vrombit à nouveau, couvrant les ‘’essais moteurs’’ internes qui avaient voluptueusement repris.
Nous voici à nouveau sauvés d'une congélation presque certaine...
Dans cette nuit glaciale, toutes proportions gardées, je pense à Henri Guillaumet qui en juin 1923 avec son Potez 25 était obligé de se poser dans les Andes sur la lagune Diamante… Certes, nous n’en étions pas là, mais ces ciels étoilés des grandes nuits australes poussent à la réflexion ! Comment ne pas se souvenir des exploits réalisés par les pilotes de l’aéropostale pour maintenir le lien entre notre France si lointaine et ces immensités Chiliennes et Argentines. Nous filons enfin, rumbo, vers Santa Rosa. Nous y arrivons en même temps que le soleil qui tarde à se lever...
A croire que la nuit à été dure pour lui aussi !!!!
Passablement lessivés, engourdis, courbaturés, nous n'avons même pas le temps de nous ressaisir; déjà, nos amis choristes de Médanos y Luna sont groupés autour du colectivo qui vient à peine de stopper devant chez Julio Regalado.
Accueil grandiose, comme si nous avions traversé l'Atlantique à la rame...
Les naufragés regagnant la berge, sont réconfortés et entourés de tous les égards.
Le café brûlant et les viennoiseries viennent fort à propos pour nous requinquer.
Jeudi 20 Mai 2010 : Santa Rosa – Anguil
Après la réception officielle par les autorités de Santa Rosa, des délégations Chilienne et Française venues commémorer le Bicentenaire de l'Argentine, les groupes de choristes s'égayent dans les familles accueillantes. En fin d'après midi, départ pour la localité proche de ANGUIL où le Chœur des Pyrénées va tout d'abord effectuer sa répétition avant de donner le concert en soirée.
Cette fois, c’est bon. La salle est chaleureuse, le public réceptif et les choristes attentifs.
Et s’il vous plait, on commence par les hymnes nationaux. On terminera bien sur, par un tiers temps fort agréable, avant de regagner "nos foyers’’ à Santa Rosa.
Vendredi 21 Mai 2010 : Santa Rosa
Matinée découverte de la laguna de Santa Rosa ; en fin d'après midi direction le Teatro Municipal où a lieu le grand concert du Bicentenaire avec les diverses délégations : Squarda Folk Ligure del Chile, Coro Alianza Francesa, Coro Médanos y Luna del Centro Ligure et en apothéose (!)… le Choeur des Pyrénées Béarn-Bigorre qui tiendra son rang avec assurance !
Puis c’est la remise de présents : chacun y va de sa plaque commémorative, de son petit livre ; j’en profite pour distinguer du béret, indispensable attribut pyrénéen, notre ami Francisco TORROBA Intendente de Santa Rosa, Giamberto BISSO directeur du groupe chilien et surtout les travailleurs de l’ombre qui nous ont si aimablement assistés, Julio REGALADO et Roberto GARCIA.
Quant à Alberto CARPIO il devient Membre d’Honneur de l’ABAU, il en reçoit la médaille qu’il arborera toute la soirée !
Le final en commun avec tous les choeurs sur le ‘’ Coro di shiavi Ebrei’’ (Nabucco, autrement dit) enlève définitivement la salle dans un tonnerre d’applaudissements.
Il est passé comme un grand frisson et un énorme plaisir à chanter avec nos amis chiliens et argentins.
Samedi 22 Mai 2010 : General Pico.
Le temps se g'te, le vent s'est levé sur la pampa. Avec de multiples regrets mais aussi avec le plaisir d'avoir partagé de grands moments en compagnie des diverses délégations, nous prenons la route de General PICO où nous donnons notre ultime concert avec les chorales locales, le groupe chilien et la chorale Médanos y Luna de Santa Rosa. Soirée impressionnante par la qualité des prestations; le succès est au rendez vous car le public fourni et chaleureux participe avec enthousiasme.
Dehors il pleut, enfin...pour la population, agricole notamment, qui attendait celà depuis plus de trois mois. Après le repas de despedida, nous regagnons notre colectivo pour une nouvelle nuit bien inconfortable en direction de Buenos Aires. Etonnés d’arriver à bon port, nous entrons dans la capitale sous la pluie.
Dimanche 23 Mai 2010 : Buenos Aires
La capitale argentine est en fête.
Ce sont les fêtes du Bicentenaire qui marquent les 200 ans d'indépendance vis à vis de l'occupant espagnol. Les rues sont tendues de calicots, les drapeaux claquent au vent malgré le temps pluvieux; en tous lieux flottent les couleurs bleu céleste et blanc. Même la pluie, l’orage et les violentes trombes d’eau qui se sont invitées à la fête, n’ont pu éteindre la ferveur des participants. Les éclairs se sont même substitués au gigantesque feu d’artifice prévu pour l’ouverture; il saluera le moment culminant de la manifestation deux jours plus tard. Jusqu’aux travaux de rénovation et de restauration du prestigieux Thé'tre Colòn qui sont ‘’presque’’ terminés à temps.
Lundi 24 Mai 2010 : découverte de la capitale
Un peu de culture… !!!. La Boca et Caminito direct... On évite de justesse la visite de la Bonbonera le temple du football et de Boca Junior, ... Les tiendas de recuerdos y artesania n’ont qu’à bien se tenir...
Après midi par petits groupes, qui, à la recherche de chaussures de tango, qui, en quête de la meilleure glace porteña. Et pour bien présenter à la soirée Tango, tout de même, on ressort quelques vêtements épargnés par la tournée.
Mardi 25 Mai 2010 : nos routes se séparent...
C’est l’heure du départ pour tout le monde ; la plupart, après un dernier pèlerinage à Recoleta va rejoindre le vieux continent et la fin du printemps, alors que nous sommes six à prolonger le séjour en direction de l’hiver de la Terre de Feu et de la Patagonie.
Adios Argentina, tu nous aura bien plu !
Un pays qui aime son sol, son drapeau, son riche folklore, son hymne et rêve d’un futur idéal pour la majorité, sur le souvenir de l’opulence des récentes ‘’trente glorieuses’’ qui n’ont hélas pas profité égalitairement à l’ensemble des provinces, ne parlons pas des minorités.
Un pays attachant, où l’on se sent bien, où l’on accepte les différences, les originalités, les improvisations, les initiatives. Un pays "européen", qui cumule les grands défauts de ses immigrants européens et qui a beaucoup de mal à canaliser ses qualités vers ses aspirations de futur meilleur pour tous. Un pays soucieux de culture, d’arts, de lumière, mais qui se laisse submerger par la tentation du profit immédiat, sans vision à long terme pour la préservation de ses ressources propres et de ses potentialités naturelles : celles, notamment que les pionniers à la sueur de leur front (les colonisateurs européens peut-on dire) et gr'ce à ce bon sens paysan un peu vite oublié, ont su décupler avec intelligence, adapter et conjuguer en alliance avec la nature : immensités herbeuses, reliefs variés, climats changeants et difficiles.
Il reste qu’avant de décrocher les drapeaux, l’actualité offre à l’Argentine la coupe du Monde de football en Afrique du Sud. La vague d’excitation festive sur laquelle surfait la population porteña, ne s’est pas interrompue ; et nous avons assisté, impressionnés, au départ de la sélection nationale vers son destin...
Que reste-t-il de…. nos chansons ?
Outre O Bella Ciao et Ciao Bella…. Nous nous sommes fait plaisir à chanter seuls et encore plus avec les autres choeurs. Au final la Gira de Mayo 2010 du Choeur des Pyrénées fut une bien belle Tournée ponctuée de rencontres et d’ échanges surprenants de chaleur et de convivialité pour tous ceux qui ne connaissaient pas l’Argentine.
N’oublions pas cependant que tout ceci n’est pas arrivé par hasard et en si peu de temps. Il y a derrière toutes ces rencontres des années de contacts entretenus ici et là-bas, des amitiés fortes, des affinités musicales, un certain professionnalisme dans l’amateurisme (!) (en français ça ne le fait pas, mais en argentin c’est beaucoup plus fort : une certaine aficiòn), comme un ‘’je ne sais quoi d’indéfinissable’’ qui permet à chaque nouvelle rencontre de renouveler ce plaisir de chanter ensemble.
Gracias Mirtha de llevarnos a veces la vergüenza, cuando no lo sentiamos todo bien, sobre todo al lado de unos de los otros coros.
Dur de quitter los amigos. Adios y hasta luego !
Jean-Paul ABADIE
Début Juin 2010 à Campistrous - Pyrénées
Texte : JP Abadie
Illustrations : JP Abadie, travel-buenos-aires.com, argentine-info.com, la documentation française.